Mgr Casmoussa : « La paix commence toujours dans le cœur »

« La paix commence toujours dans le cœur »
Le 20 septembre 2012
Mgr Basilios George Casmoussa, invité de la Nuit des Témoins de l’AED en 2011 et ancien archevêque syriaque de Mossoul, en Irak, est auxiliaire patriarcal à Beyrouth.
Il nous livre ses impressions suite au voyage du Pape auquel il a activement participé.
Que faut-il retenir du voyage du Pape ?
Le voyage du Pape a vraiment été une grâce et un grand appui pour le Liban, que certains veulent absolument entrainer dans le conflit syrien. Ce voyage a été un appui pour la neutralité du Liban. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle le gouvernement libanais a fait tout son possible, en termes de sécurité, pour assurer toutes les rencontres prévues. Le Saint-Père a pu rencontrer les communautés chrétiennes et musulmanes, les chefs politiques et religieux de tous bords. Il a été l’élément unificateur de la nation et de tous les éléments religieux du pays. Si cette visite, géographiquement parlant, concernait le Liban, elle était vraiment destinée à tous les pays voisins, partout là où se trouvent les chrétiens en minorité, pour les affermir dans leur rôle fondateur de constructeurs de leur pays.
Le Pape a parlé de la « paix des cœurs ». Devant tant de souffrance et de difficultés, comment y parvient-on ?
La paix commence toujours dans le cœur. Elle consiste à reconnaître l’autre, à ne pas y voir un adversaire. C’est d’abord dans l’intériorité que germent les idées de paix, de reconnaissance de l’autre, de son existence, de ses droits et de ses aspirations. Le dialogue n’a pas pour but d’éradiquer toute différence. Mais il faut admettre le postulat que la différence ne doit jamais être un prétexte pour légitimer la violence contre autrui, ou même la négation de son existence.
Que retenez-vous de l’exhortation apostolique post-synodale ?
Que pour mettre en œuvre ce qu’elle contient, il faut impérativement que les catholiques et les orthodoxes se mettent à travailler ensemble. Il nous faut bien comprendre que le synode n’a pas été une étude idéologique pour les catholiques. Cela concerne tous les chrétiens d’Orient. Nous sommes si peu nombreux dans nos pays que nous n’avons pas le droit de travailler seuls.
Quels sont les chemins concrets pour passer de la « tolérance » à la « liberté religieuse », comme y a invité le Saint Père ?
La tolérance signifie la reconnaissance de la minorité, mais d’une manière négative. La simple tolérance réduit l’autre au silence. Il faut d’avantage. Il faut une vraie reconnaissance de l’autre, de sa participation décisionnaire à la vie civile. Il ne faut pas se contenter d’un statut quo de non-agression, même si cela constitue la base, mais aller vers une pleine reconnaissance des droits. Il faut une reconnaissance de citoyenneté à part égale. Un prêtre expliquait hier que pour être engagé dans la guerre en Irak, il lui avait fallu deux heures. Mais que pour se remettre à la fonction qu’il occupait avant, il lui avait fallu deux ans de démarches et de formalités. A l’heure actuelle, il y a un décalage entre les droits et les devoirs. Il faut remuer les idées sur ces sujets-là !
propos recueillis par r.villemain


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