Voeux du Président Français

Les vœux du Président de la République aux autorités religieuses le 25 janvier 2012

“Les chrétiens font partie de l’Histoire de l’Orient, il ne peut être question de les arracher à cette terre.”

Notre Directeur, Mgr Pascal Gollnisch, était présent aux vœux du Palais de l’Elysée pour représenter l’OEuvre d’Orient  (extrait)
“Votre présence, aujourd’hui, à l’Élysée est, pour nous tous, un véritable réconfort. […] Oui, il est réconfortant de voir réunis, sous un même toit et dans une même assemblée, les représentants de tous les cultes qui se pratiquent en France. Oui, il est réconfortant d’entrer dans cette salle et d’entendre dialoguer des hommes qui ne pratiquent pas le même culte, qui ne puisent pas leur foi nécessairement aux mêmes sources, mais qui ont tous en commun de croire et de prier.
Le calme et la sérénité qui règnent dans cette assemblée montrent que la République a permis de construire les conditions d’une coexistence pacifique, harmonieuse, amicale entre les religions sans être, pour autant, jamais intervenue dans le débat religieux lui-même.
[…] Non seulement la République se défend d’intervenir dans le domaine religieux, mais la République sera toujours prête à défendre ceux qui seraient agressés ou menacés parce qu’ils croient, parce qu’ils prient ou parce qu’ils témoignent publiquement de leur foi. De même, la République s’interposerait immédiatement si des croyants venaient à s’affronter. […]
La liberté de conscience est peut-être le bien le plus précieux que garantissent nos lois républicaines.
Chaque agression contre un lieu de culte, chaque profanation d’un cimetière, doivent être considérées comme une atteinte à la liberté de conscience car chaque agression, chaque profanation, chaque insulte ne sont rien d’autre qu’une menace directe adressée à une communauté de croyants. La République doit assurer à chaque citoyen le droit – c’est un droit – de pratiquer le culte de son choix. […]
Cette année, le Christianisme semble avoir été une cible.
Je vous suis donc très reconnaissant, Monsieur le Cardinal, de la retenue avec laquelle vous avez réagi. En ouvrant, à deux battants, les portes de votre Cathédrale là où certains auraient tant aimé en découdre, vous avez démontré que les catholiques français ne vivaient pas dans un camp retranché et qu’à la provocation, ils savaient répondre par la communion.
[…]  Ce dialogue permanent entre vous sous la protection muette de la République, c’est peut-être la plus belle expression de cette laïcité à laquelle nous sommes tous attachés. Ce dialogue interreligieux porte un autre nom, au fond, tolérance.
A cet égard, permettez-moi de saluer l’initiative du CRIF et de la Grande Mosquée de Paris qui a permis de réunir le 17 janvier dernier, dans la salle d’apparat de la Grande Mosquée, une cinquantaine de représentants des communautés juive et musulmane pour préparer un programme de dialogue et d’échanges à partir de « commissions thématiques ».
Je veux aussi saluer le très beau projet conçu de travailler à la construction d’un Mémorial au Cardinal LUSTIGER en Israël. L’image est forte, l’image est belle.
Si, en cette nouvelle année j’ai un vœu à formuler, c’est que ce dialogue que vous nouez les uns avec les autres, vous ne le limitiez pas aux seuls échanges œcuméniques mais que vous ne cessiez de l’entretenir avec la société tout entière. […]
Cette richesse spirituelle qui vous anime, cette profondeur de pensée que vous incarnez, ces valeurs que vous portez ont vocation à s’adresser à ceux qui ne franchissent jamais les portes de vos églises, de vos mosquées, de vos synagogues ou de vos temples.
Notre société est en proie à une crise qui n’est pas simplement une crise économique, qui est une crise morale, qui est une crise du matérialisme.
Aucune société ne peut se contenter de vivre de consommation et de distraction sans courir le risque de la perte de sens.
L’année qui s’annonce sera une année d’intense débat. Je ne peux que vous inviter, comme l’a fait récemment la Conférence des évêques de France, non pas à descendre dans l’arène politique mais à faire entendre votre voix dans le débat public. Dites à la société ce que vous avez à lui dire, elle peut l’entendre. Le titre de votre dernier ouvrage, Eminence, que j’ai lu, Quelle société voulons-nous ? ouvre d’ailleurs ce débat d’une façon parfaitement à propos.
[…] Notre pays a besoin, plus que jamais, d’unité et de rassemblement. Je refuse toute vision intégriste de la laïcité, d’ailleurs je refuse tous les intégristes, donc l’intégrisme de la laïcité qui consisterait à exclure de la sphère publique toute référence culturelle ou intellectuelle à la religion.
Une société laïque, c’est une société qui a décidé de séparer les églises de l’Etat pour que d’un côté, l’État n’ait pas à rendre compte de ses choix aux églises et pour que de l’autre les églises ne dépendent pas de l’Etat pour vivre et s’organiser. Voilà la laïcité, la République laïque.
Cela ne veut pas dire que les églises, dans la mesure où elles respectent la Loi, sont interdites de parole et cela ne veut pas dire que votre parole ne doit pas dépasser l’enceinte de vos lieux de culte, singulière conception de la démocratie. Chacun aurait donc droit à la parole sauf vous.
[…]
Il y aurait une étrange schizophrénie pour la France à sauvegarder avec autant de passion son patrimoine religieux et à considérer, dans le même temps, que les religions n’ont plus rien à lui dire, plus rien à lui apporter, plus rien à lui transmettre.
Nous avons fait un effort considérable pour sauver un patrimoine religieux qui est le patrimoine de tous les Français. Ainsi plus de quarante-quatre cathédrales, qui sont la propriété de l’État, ont pu bénéficier de travaux de restauration qu’elles attendaient depuis trop longtemps et ce malgré la crise.
[…] Personne, à ma connaissance ne conteste que les grandes religions aient participé à la construction de nos identités culturelles, qu’elles soient individuelles ou collectives, alors pourquoi se priveraient-elles d’alimenter aujourd’hui les grands débats qui animent nos sociétés ?
Aucune religion n’imposera jamais en France ses dogmes et ses préceptes à ceux qui souhaitent s’en extraire. Mais rien ne peut interdire à l’idée de transcendance de s’inviter dans notre société.
Cette concorde et cette harmonie, qui président en France aux relations entre les différents courants religieux qui irriguent le corps social, sont une formidable garantie de paix.
Cette garantie est malheureusement loin d’être assurée partout dans le monde.
Je ne terminerai pas là, je sais que l’élan de liberté qui souffle sur les pays arabes emportant les uns après les autres, des régimes qui n’étaient pas à l’écoute de leurs peuples, inquiètent tous ceux qui sont attachés au pluralisme, à la diversité culturelle et religieuse et tout simplement à la liberté.
Il y a aujourd’hui parmi nous des représentants des communautés chrétiennes d’Orient.
Je sais leur préoccupation, je connais leur angoisse pour leurs frères vivant en Irak, en Égypte et bien sûr en Syrie.
L’année dernière j’avais, ici même dit l’indignation de la France devant les attentats meurtriers d’Alexandrie et de Bagdad qui avaient pris pour cibles des églises et des fidèles en prière à des dates bien choisies dans le calendrier liturgique chrétien pour leur haute valeur symbolique.
Derrière ces victimes, ce sont des fidèles c’est une religion, le christianisme, qui ont été visés ; c’est un principe, celui du respect des minorités, qu’on veut abattre.
Depuis de nombreuses années certains groupes extrémistes cherchent à effacer du Proche et du Moyen-Orient une présence chrétienne pourtant aussi ancienne que le christianisme lui-même.
On n’efface pas l’Histoire avec le sang des innocents.
Les chrétiens font partie de l’Histoire de l’Orient, il ne peut être question de les arracher à cette terre.
Au-delà, c’est encore au Nigeria que nous avons eu récemment à déplorer des actes de violence inacceptable.
La vigilance du Ministre d’État Alain JUPPÉ est constante et cette vigilance de notre diplomatie ne se limitera pas au nécessaire respect des droits des minorités religieuses. Car ces droits sont partie intégrante d’un système démocratique : les « printemps arabes » tiendront leurs promesses si les minorités — toutes les libertés, toutes les minorités — sont respectées. La victoire de la liberté sur les régimes autocratiques en place auparavant sera gâchée si le groupe le plus nombreux tente d’écraser les autres sur les plans politique, idéologique et religieux.
Ces pays ont besoin de toutes leurs forces pour faire face aux immenses défis qui les attendent. Et ce ne serait pas en s’épuisant dans des combats intérieurs qu’ils pourraient les relever.


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