Mgr Bashar Warda : « La liberté de conscience n’est pas garantie »

Mgr Bashar Warda

« La liberté de conscience n’est pas garantie »


propos recueillis par Henrik Lindell


La Vie

A 42 ans, l’archevêque chaldéen d’Erbil, Kurdistan irakien, est à la tête d’une des principales communautés chrétiennes en Irak. Issu de Bagdad, où il a connu une situation de persécution violente, il vit depuis 2006 à Ankawa, une banlieue chrétienne d’Erbil. Il a été ordonné évêque en 2010.

Les libertés religieuses sont garanties en Irak, selon la constitution. Donc tout va bien ?

La liberté religieuse est garantie, oui. Mais la liberté de conscience ne l’est pas. Car les « principales sources » de la constitution sont dans la sharia islamique. La sharia prend en compte d’autres religions déjà existantes, certes, mais on ne peut changer de religion, sauf si c’est pour se convertir à l’islam.

De fait, il n’y pas de conversions au christianisme ?

Je n’en connais pas et je n’ai jamais entendu un musulman dire qu’il veut devenir chrétien. En revanche, j’en ai entendu parler.

Des soldats armés protègent vos églises à Ankawa, ville pourtant très pacifique. Pourquoi cette protection armée ?

Ce sont des mesures de prévention. Cent pour cent des personnes qui viennent à nos messes sont chrétiens. Ils veulent pouvoir se sentir en sécurité. Aucune église n’a été attaquée au Kurdistan au moment des célébrations, contrairement à ce qui se passe dans le reste de l’Irak. Ici, vendredi saint cette année, l’église saint-Joseph était ouverte jusqu’à une heure du matin.

Il est donc plus facile d’être chrétien au Kurdistan qu’ailleurs en Irak ?

Oui, pour plusieurs raisons. La plupart des villages où vivent des chrétiens ici sont historiquement chrétiens. Ici, on se sent chez soi. Aujourd’hui, les chrétiens y vivent d’autant mieux qu’ils bénéficient de la liberté et de la sécurité. On y trouve aussi des emplois. Il y a plus de tolérance.

Les chrétiens sont-ils persécutés en Irak ?

Oui, en tout cas, ils l’étaient de 2004 jusqu’en 2010, lors du dernier grand vague d’attentat qui a frappé les chrétiens à Bagdad. Depuis, il y a moins d’actes violents majeurs. Il y a des rapts, mais pas nécessairement pour des raisons religieuses. La violence est souvent dirigée contre les chrétiens, mais aussi contre d’autres groupes, comme le shiites. Les motifs peuvent être politiques, économiques, sociaux, mais ils sont aussi religieux.

Qu’est-ce qui caractérise votre paroisse saint-Joseph à Ankawa ?

Les gens participent massivement aux fêtes traditionnelles. La communauté grandit, grâce notamment à ceux qui viennent toujours de Bagdad. On célèbre 200 mariages par an et 400 baptêmes. De moins en moins de personnes pensent émigrer. Mais ils voyagent beaucoup. Ces cinq ou six dernières années, nous avons envoyé des groupes de pèlerins en Europe. Ils sont bien installés ici.

Le gouvernement peut-il mieux faire certaines choses ?

Tout ce qu’il fait de bien pour le pays en matière d’emploi et de sécurité bénéficie aux chrétiens. C’est ainsi qu’on peut rester.

Que faire en France pour vous ?

Prier pour qu’on reste. Parfois, on besoin d’une aide financière. On a aussi besoin de moyens pour nos institutions chrétiennes, dont des écoles. Ici, à Ankawa, j’ai besoin de construire deux églises. Dans un de mes districts, 1200 familles n’ont pas d’église. Dans beaucoup de villages, même problème.

http://youtu.be/Ie1Ca5bM-N4

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