Irak : « De ce séjour, je retiens des rencontres fortes avec les familles, beaucoup de souvenirs et d’espoir. »

Irak : « De ce séjour, je retiens des rencontres fortes avec les familles, beaucoup de souvenirs et d’espoir. »

Mgr Gilbert Louis accompagnait Mgr Marc Stenger et le Père Pascal Gollnisch

L’évêque du diocèse de Châlons en Champagne, Mgr Gilbert Louis, rentre d’Irak où il a séjourné du 29 décembre au 7 janvier.

Dans quel contexte vous êtes-vous rendu en Irak ces derniers jours ?

J’ai été sollicité par Marc Stenger, évêque de Troyes, président de Pax Christi France qui a séjourné à deux reprises dans le nord de l’Irak. Il m’a proposé de venir à la rencontre de la communauté chrétienne afin de la soutenir. Nous sommes également partis avec le père Pascal Gollnisch, directeur de l’Oeuvre d’Orient créée par des laïcs vers 1850 pour venir en aide en termes d’éducation, de santé, de pastorale, aux chrétiens d’Orient.

Je suis donc passé de l’année 2011 à 2012 là-bas.

Etre chrétien en Irak est-t-il plus que jamais synonyme de persécutions ?

La notion de persécution me paraît trop forte. Disons que les chrétiens sont pris en tenaille entre les deux grands courants sunnites et chiites qui se combattent. Les sunnites étaient davantage protégés du temps de Saddam Hussein, et les chiites écartés ont désormais repris le pouvoir. Outre la présence de groupes violents qui ont été à l’origine d’attentats, les chrétiens sont utilisés en faveur des uns et des autres. De plus, de nombreux mouvements antichrétiens subsistent comme ceux qui furent à l’origine de l’attentat perpétré dans une cathédrale syriaque-catholique qui a fait 53 morts en novembre 2010 à Bagdad. Lors de la messe, les fidèles ont été tués, parmi lesquels deux jeunes prêtres, un bébé dans les bras de sa mère…

Aujourd’hui en Irak, la diversité chrétienne est plus complexe que je ne l’imaginais avec les Chaldéens, les Syriaques, les Arméniens…

Quoi qu’il en soit, à chaque attentat, les chrétiens ont tendance à fuir vers le nord (Kurde) ou encore à fuir le pays pour gagner les États-Unis, le Canada, la Suède, une dispersion est perceptible à travers le monde. Plus proche de nous, l’une des plus fortes communautés Chaldéennes se trouve à Sarcelles.

Quel type de message avez-vous délivré aux personnes rencontrées ?

Avant tout, notre délégation s’est rendue en Irak pour écouter les chrétiens et les inciter à rester sur place. Encore faut-il que les conditions de sécurité soient réunies car les menaces de courants violents persistent. A Kirkuk, nous étions satisfaits de voir 200 nouvelles maisons construites pour 200 familles qui se rassemblent pour vivre entre elles et exister. Mais dans certains villages du Kurdistan, il n’y a pas de travail donc pas d’avenir…

Quelles réalisations vous ont donné du baume au cœur?

A Bagdad, nous avons visité des Sœurs dominicaines qui ont agrandi leur hôpital, nous nous sommes rendus dans un lycée qui accueille 80 % de jeunes musulmanes. Les Dominicains construisent également à Bagdad, une université pour les sciences humaines : il faut de l’audace !

Vous avez rencontré Mgr Sako symbole du dialogue interreligieux sur place. Quel type de relations entretient-il avec chaque communauté ?

Le 3 au matin fut un grand moment de rencontre avec un imam sunnite, puis un imam chiite. Puis un cheik sunnite, puis un cheik chiite. Nous avons été bien reçus par tous. Mgr Sako est en contact permanent avec eux. Son mot d’ordre : être les uns avec les autres au service de tous, de par l’Évangile.

Qu’est-il ressorti de votre rencontre avec l’Ambassadeur de France en Irak ?

Il était informé de notre venue et se doit de protéger ses ressortissants. Deux hommes nous attendaient à l’aéroport avec gilets pare-balles, écouteurs; l’un devant, l’autre derrière : nous étions de suite dans l’ambiance d’autant que nous avons traversé sept checkpoints entre l’aéroport et l’Évêché.

De ce séjour, je retiens des rencontres fortes avec les familles, beaucoup de souvenirs et d’espoir car les évêques luttent de toutes leurs forces afin que les chrétiens ne disparaissent pas de cette partie du monde où l’église est l’une des plus anciennes d’Orient.


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